Secrets de pierres en Entre-Sambre-et-Meuse

...sur les traces de nos lointains ancètres.

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Bienvenue Megalithes Mégalithe brisé de Gourdinne

Le mégalithe brisé de Gourdinne

Le Mégalithe brisé de Gourdinne.

J.H.Helsen (1985) (1) cite l’existence d’un mégalithe brisé sur le territoire de Gourdinne (Walcourt). Nils Potvin et l’auteur (le 31 juillet 2009) ont vérifié la présence d’une accumulation de gros débris de pierres à la marge  Ouest du Bois du Charnoy, dans cette commune. Les très vagues souvenirs locaux tendent à situer le site original à une centaine de mètres dans un champ voisin en direction du Jette Faux d’ où les débris auraient été transportés jusqu’à l’Orée du bois comme il est d’usage quand des grosses pierres menacent le soc des charrues. Vu la taille supputée de celles qui sont en partie enfouies cela n’a pas du être une mince affaire !

Fragment de Poudingue « pierre de Gourdinne » à l’Orée du Charnoy

Une fouille serait bien évidemment nécessaire au pied de cet amas pour en évaluer l’importance.

Les Mégalithes ou Pierres dressées ont longtemps été attribués aux Celto-Gaulois qui occupaient nos régions avant  l’invasion romaine. Il n’est pas exclu que, participant aux us et coutumes des lieux, ils aient été réutilisés par les Druides à l’occasion de leurs cultes. Les Celtes se sont installés peu à peu  chez nous à partir de 1000 avant J.C. Vers 500 avant J.C. un peuple apparenté, les Gaulois, s’est fixé  entre le Massif Central et le Rhin. Les premiers semblent s’être sédentarisés à partir de -800 dans une région dont ils semblent avoir assimilé les populations sans trop de difficultés. On ne connaît pratiquement rien de l’état de ce qui est survenu dans la future « Gaule »  entre -1500 et  - 800. Mais entre -3000 et -1500 des peuples successifs ont dressé des pierres plus ou moins équarries vers les cieux. On en trouve des restes isolés ( les menhirs) , alignés comme à Carnac ou Wéris, formant des cercles ( mais pas toujours) comme à Stonehenge , formant des « tables gargantuesques»  ( dolmens) , souvent précédées d’ une « allée » couverte  dont on ne sait si elles étaient à l’ origine recouverte d’ un « tumulus » de terres (fréquent en Europe occidentale) ou de pierres (comme à Mycène en Grèce).
Entre -5000 et -3000 les humains passent de l’industrie de la pierre polie (néolithique) à celle du cuivre (chalcolithique), puis du bronze qui sera remplacé par le fer  entre -1000 et -800. On s’accorde à créditer les derniers néolithiques et les gens de l’âge du bronze de ces monuments impressionnants  faits de pierres souvent taillées avec soin,  pesant de 10 à 100 Tonnes et ne provenant pas nécessairement du lieu où on les a implantées.

L’ Entre Sambre et Meuse conserve sur son territoire (belge et français) de très nombreux souvenirs, intacts et usés par l’érosion, souvent abattus et parfois restaurés  depuis un siècle avec autant d’incompétence que de piété (la pierre de Clermont – Walcourt ou « La pierre qui tourne » de Sautin (Sivry-Rance) ou celles de Brognon (entre Charleville- Maizière et Hirson , au Nord de Signy le Petit -France). S’y ajoutent une quantité de lieux dits dont le toponyme est explicite (cheval de pierre, vieux cailloux, blanche pierre, etc…) et de nombreux lieux qui évoquent Saint Martin de Tour  (Pierres Martines, Martinsart, etc…). En effet, celui- ci appliqua avec zèle les consignes édictées au Concile de Nicée (325), lesquelles enjoignaient de détruire les traces des « cultes païens ». Ceci en dit long sur la gênante persistance, au quatrième siècle de notre Ere, des cultes populaires tolérés par les romains  d’avant la christianisation. On a donc d’excellentes raisons de penser qu’un nombre considérable de sites ont été détruits. D’autres ont échappé au massacre et furent parfois christianisés, leur densité présente, encore élevée, laisse présager du paysage que présentait l’orée de la « forêt Charbonnière » en ces temps du second millénaire avant J.C.

Le menhir, ou table brisée, de Gourdinne, s’il était authentifiable ferait partie de ces reliques des âges  prospères ou sinistrés de la fin du néolithique. Car un doute subsiste néanmoins quant à l’authenticité de ce présumé mégalithe dans la mesure où le bois du Charnoy  (Cam =pierre en celte) semble avoir été le lieu d’une activité industrielle dans sa partie Est où subsistent des rigoles en pierre menant à des bassins rectangulaires peu profonds  et des traces de carrière ancienne au Nord et à l’Ouest du bois  en direction de Baconval (J.H. Helsen cite un trayen d’anciennes minières dans la prolongation du Chemin Vert) et du Jette Faux.

La forme géométrique actuelle du bois est celle d’un quadrilatère irrégulier dont la diagonale principale est la méridienne NS et mesure environ 500m. L’autre diagonale mesure environ 350m. La superficie actuellement arborée est d’environ 1,3 hectare et a peu changé depuis les relevés de Ferraris vers 1760.
Le rejet de pierres est situé entre les cotes 210 et 225m (carte IGN 1/20000-52/7-8) Le terrain monte en pente douce vers le Nord sauf à la hauteur du rejet où un faible décrochage de 2,5m s’étire le long d’une haie vers le Jette Faux où se situe entre 350 et 450m une ancienne carrière. J.H.Helsen signale que le mégalithe (latitude = 50°17’36’’N) se trouve sur la ligne équinoxiale de Bavay (= 50°17’40’’N), bien qu’il indique un azimut erroné (138° pour 90°). La source dont il s’est inspiré ne s’est pas avisée que c’est aussi la latitude probable des « Chevaux de Pierre » disparus, mais attestés, à Thuillies-Ossogne qui se situent dans le méridien du Zeupire de Gozée (légèrement au Nord ; = 50°19’45’’N et 4°20’54’’E) et dans la bande parallèle de 5’ (soit 6 kilomètres) de large , longue de 124,25 kilomètres qui s’ étire de Bellignies (au Nord de Bavay, =50°19’02’’N et3°46’03’’E) à Wéris (Durbuy, pierre Haina : = 50°20’01’’N et 5°32’34’’E). Elle contient 50 % des mégalithes de l’Entre Sambre et Meuse(2) (3). Par ailleurs, ce même parallèle passe par l’ancienne carrière St Martin de Cour sur Heure où une pierre (= 50°18’02’’N et 4°22’48’’E) malheureusement déplacée (de peu selon le propriétaire) figure dans une propriété voisine du cimetière. Ensuite il passe entre Nalinnes et Berzée au Sud du Baconval ainsi qu’au Nord de Thy le Château et de la Voie Romaine  ( bien  postérieure)qui mène de Bavay à Trèves en passant par Ossogne- Thuillies (lieu dit Chaussée Brunehaut) avec un diverticulum par la Villa Romaine du Perwez et  Rognée (rue du Fondry).

Ces considérations géographiques et toponymiques suggèreraient pour leur part le caractère authentique des « restes » du Charnoy .Il conviendrait donc qu’ils soient préservés et inscrits au programme d’une recherche archéologique patrimoniale menée par des spécialistes.

Bibliographie :

(1)J.J.Helsen « Regards sur Gourdinne » Annales du Cercle d’histoire de l’Entité de Walcourt, réédition en 2004 d’un document rédigé en 1985.
(2) André Koeckelenbergh «  Sur la précision des visées faites à l’œil nu. Application aux mégalithes de l’Entre Sambre et Meuse », à publier dans ce Bulletin en 2010.
(3) Georges Guislain, André Koeckelenbergh et Nils Potvin «Hypothèses concernant les alignements de pierres levées dans l’Entre Sambre et Meuse»; Comptes Rendus du Congrès des Sociétés Archéologiques Francophones, 2008, Namur, sous presse.
Consulter également le site des auteurs « http://www.secretsdepierres.be » 

Janvier- février 2010
André Koeckelenbergh

Face Nord-Est (verso) de la principale pierre « émergée » de Gourdinne et,  en avant–plan, quelques pierres visiblement rapportées. (31-07-2009)